Lancé dans l’Hexagone en 2020, le défi du mois de janvier sans alcool est de plus en plus suivi par les Français. Il faut dire que depuis quelques années, nombreux sont ceux qui cherchent à modérer leur consommation de boissons alcoolisées. Cette tendance baptisée NoLo – un surnom associant les notions d’abstinence (“no alcohol”) et de modération (“low alcohol by volume”) – gagne peu à peu du terrain dans l’Hexagone. Mais pour s’imposer, elle doit encore surmonter de nombreux obstacles.
Si l’on voit fleurir de nombreuses marques sur le secteur des boissons festives sans alcool, à commencer par celles des grands groupes comme Pernod Ricard, Bacardi ou Diageo, il leur reste un obstacle majeur à surmonter : celui de la distribution. “Quand tu sors dans les bars, c’est rare de trouver des offres sympas en sans alcool”, observe Baptiste Bochet, journaliste pour la Revue du vin de France et créateur des ateliers cocktails Colada. “Certains troquets commencent à proposer des bières sans alcool ou des mocktails corrects, mais ça s’arrête là en général. C’est difficile de trouver des choses ultra complexes en termes de saveurs…”.
Un constat partagé par Stella Bouquet, cofondatrice d’Ousia : “On observe une forme de consommation d’alcool par défaut, avec des gens qui prennent une pinte de bière parce que c’est bon, généreux et pas cher. S’il existait des offres de qualité au même prix en sans alcool, je suis persuadé que des gens iraient vers ces offres-là. Le plus gros obstacle ne se situe pas au niveau des consommateurs, mais plutôt des patrons de bars et de restaurants qui se contentent de proposer des sodas et des jus de fruit parce qu‘ils n‘ont pas envie de se prendre la tête”. Et c’est le même son de cloche dans le commerce, avec des boissons sans alcool qui restent largement cantonnées aux e-shops et aux magasins spécialisés, comme les cavistes et les épiceries fines. “Le sans alcool au supermarché, vous le trouvez tout en bas des rayons à prendre la poussière à côté des bouteilles de La Villageoise”, soupire Fathi Benni. “Et encore, vous trouverez seulement une ou deux références proposées par les géants du secteur. Si on ne met pas ces produits face au consommateur, il ne faut pas s’étonner qu’il ne change pas ses habitudes.”.
Le sans alcool permet de vrais moments de partage
L’autre grand obstacle à surmonter pour que la tendance NoLo s’impose un peu plus, c’est la pression sociale et culturelle qui existe en France autour de la consommation d’alcool. Qui n’a jamais eu à se justifier au moment de refuser un verre de vin ou une bière ? “L’alcool fait partie du quotidien de nombreux Français, donc ça va prendre du temps pour que les mentalités évoluent”, regrette Baptiste Bochet. “En France, on a beaucoup trop associé l’alcool au partage, à la convivialité. Si demain j’annonçais à mes potes que j’arrête de boire, ne serait-ce que le temps d’une soirée, ils me regarderaient avec de gros yeux et insisteraient pour que je prenne au moins un verre.”. Bienvenue au club !