Ce n’est plus un secret. Les bars à cocktails ne cessent de fleurir dans la Capitale, tout comme dans le reste de la France. S’ensuit un autre phénomène plus inattendu, l’émergence d’une nouvelle demande du côté des cocktails sans alcool.
Voilà quelque chose qui doit en intriguer plus d’un. Le cocktail sans alcool est effectivement, dans l’esprit du grand public, un mélange de boissons et d’ingrédients qui s’adressent uniquement aux personnes qui ne consomment pas d’alcool. Et pourtant, aujourd’hui le “sans alcool” est devenu pour beaucoup de bartenders une façon de reconnaître un labeur et des saveurs à leur juste valeur. Le goût du cocktail ne dépendra plus de l’alcool utilisé, mais bel et bien du talent de son assembleur.
En pleine émergence, nous avons essayé de comprendre ce phénomène d’envergure qu’est devenu le sans alcool, appelé également “mocktail” : un terme anglais créé à partir du verbe “mock” qui signifie ici, imiter un cocktail. Une nouvelle tendance à l’assaut des plus grandes capitales mondiales telles New York, Londres et maintenant Paris.
La naissance du sans alcool
Aujourd’hui, l’offre des bars spécialisés en cocktail est bien plus large qu’il y a encore quelques années, et cette dernière continue toujours à se développer. Étonnamment, l’offre non alcoolisée suit le mouvement. Une soif de nouveauté et de sensation qui est l’essence même du “mocktail”.
Et c’est justement tout l’enjeu du cocktail sans alcool. “Les cocktails suivent généralement les modes et l’évolution sociale.” explique Hyacinthe Lescoët, bartender du Mary Celeste dans le 3ième arrondissement de Paris. “Avec l’engouement du gluten-free et de la consommation vegan, les consommateurs ont souhaité s’éloigner un peu d’une consommation d’alcool excessive qui allait à l’encontre de leurs nouveaux principes.” confirme-t-il.
Les cocktails suivent généralement les modes et l’évolution sociale.
Contrairement aux idées reçues, le cocktail sans alcool n’est pas qu’une simple association de jus de fruits, et se révèle être beaucoup plus proche du cocktail classique. “Nous suivons exactement les mêmes étapes pour les sans alcools.” souligne Hyacinthe. La façon de confectionner un cocktail reste la même ou presque. “La base d’un cocktail est son histoire, […]il ne faut pas lésiner sur la recherche, ne pas hésiter à sortir des sentiers battus et à proposer quelque chose de nouveau.” C’est cette démarche presque avant-gardiste qui tire cette nouvelle tendance du sans alcool, et qui la conduira vers le succès. Autrefois simplement réduites aux appellations ‘virgin’, ces recettes non alcoolisées sont aujourd’hui en pleine croissance. Pour les bartenders, cet art met à l’épreuve leur créativité, noyau même du métier. Avec le mocktail, il n’est plus possible de construire une recette simplement autour d’un alcool, mais bel et bien à partir d’un ou plusieurs ingrédients qui seraient normalement secondaires.
Pour le consommateur, il s’agit aussi de trouver un plus large choix de boissons suite à une véritable demande de leur part. “Il y a encore quelques années, les cocktails sans alcool étaient uniquement adressés aux femmes enceintes.” explique Hyacinthe. Aujourd’hui, consommer sans alcool n’est plus une solution à un problème mais une proposition portée par l’exigence du bartender. “Je pense qu’il faut redoubler d’efforts dans nos créations et ne pas hésiter à les mettre en avant ensuite“. En résumé, le sans alcool est véritablement en train de trouver ses lettres de noblesse. Une tendance devenue, par la même occasion, un véritable défi aussi bien pour les propriétaires d’établissement que pour les bartenders. Selon Carina Solo Velasquez, fondatrice du Quixotic Group (la Candelaria, le Glass…), “le prix d’un breuvage non alcoolisé est un tiers moins cher que son équivalent avec alcool, mais c’est loin d’être une raison pour servir aux clients un dérivé d’un simple de jus de fruit à 8€. On va ici rechercher les saveurs et les charmes de plusieurs ingrédients, pour garder en éveil les différents sens touchés lors d’une dégustation.”. Résultat : le cocktail sans alcool utilise la même main d’oeuvre et le même savoir-faire que sa version alcoolisée, mais à moindre coût.